L’incinérateur brûlera des déchets qui n’ont rien à y faire (L’Est-Eclair du 24 septembre 2018)

1 | 748 lecteurs | (actualisé le ) par Le bureau - Aube Durable

Publié ce lundi 24 septembre, cet article de l’Est-Eclair revient sur l’étude des ordures ménagères commandée par TCM. Les résultats, qualifiés "d’édifiants", viennent éclairer d’une nouvelle réalité le projet d’incinérateur.

Notre analyse

S’agissant des résultats de l’étude de TCM, l’article de l’Est-Eclair fait un constat clair et précis. Pour en savoir plus, nous vous renvoyons au communiqué publié par notre association il y a quelques jours.

Il convient cependant d’évoquer les déclarations faites ici par le SDEDA.

« Qu’est-ce que cette étude change ? »

Cette étude ne change rien mais elle fait mieux : Elle dit enfin la vérité sur ce que brûlerait cet incinérateur s’il était construit. C’est d’ailleurs pour cela que nous avions demandé à maintes reprises, publiquement et par écrit, la composition des poubelles destinées à l’incinération. Le SDEDA avait refusé de nous répondre. L’enquête publique n’a pas permis d’apporter davantage d’éléments à cette question pourtant simple. On comprend aujourd’hui pourquoi. Car c’est une chose d’annoncer vouloir brûler des ordures ménagères résiduelles pour en faire de l’énergie ; c’en est une autre de reconnaître vouloir brûler 60 % de déchets recyclables ou compostables.
Cette vérité sur ce que brûlerait l’incinérateur est également très importante à deux égards :
- D’abord parce que le coût de l’incinération est lourd pour les collectivités (108€/tonne) alors que le recyclage, la méthanisation et le compostage représentent un gain très conséquent. Le SDEDA a donc choisi de nous faire payer l’incinération de matières qui pourraient rapporter plusieurs millions d’euros aux collectivité et permettre, comme dans le Parc de la Forêt d’Orient, une baisse des impôts.
- Ensuite, parce que l’incinération de 60 % de déchets valorisables va à l’encontre de la législation et de toutes les préconisations gouvernementales et européennes. La réglementation européenne, transcrite depuis plusieurs années dans la loi française, hiérarchise le traitement des déchets en mettant, comme priorité, la prévention, le tri, le recyclage, la méthanisation… Assumer de brûler 60 % de déchets recyclables ou méthanisables est donc à l’opposé de l’esprit et de la lettre de cette réglementation. La feuille de route sur l’économie circulaire publiée très récemment par le gouvernement indique clairement la direction à prendre : « «  Établir dès 2018 une liste évolutive de déchets ne pouvant plus être admis en installations de stockage ou en incinération car devant faire l’objet d’une valorisation voire d’un traitement d’un rang supérieur dans la hiérarchie des modes de traitement des déchets (réemploi/ réutilisation)  ; » On peut là encore aisément comprendre que 60 % des déchets contenus dans nos poubelles ont vocation à intégrer cette liste et à être rapidement exclus de l’incinération.

« qQue si tout le monde triait à 100 % on n’en serait pas là aujourd’hui ? Je ne suis pas dans la cuisine des gens... »

Il ne s’agit pas d’imaginer à court ou moyen terme que tous les aubois trient 100 % de leurs déchets. Il s’agit simplement (et c’est le travail auquel doivent s’atteler les élus) d’inciter les aubois à se rapprocher des 100 %. Est-il réaliste que nos poubelles se réduisent de 30 %, 40 % ou 50 % ? Indiscutablement oui et le rapport remis à TCM par un cabinet indépendant en atteste. Nul besoin d’être dans la cuisine des gens. Les mesures pour y parvenir sont connues et appliquées depuis longtemps par de grandes collectivités (comme l’agglomération de Besançon).

« Tous ces chiffres ont été prévus dans les différents plans étudiés, même avec la TI ».

Osons le dire : cette affirmation est fausse. En effet, le plan retenu en 2014, prévoit une baisse des déchets d’environ 25 % en 12 ans (2014-2026) alors que la seule TI permet, a minima, une baisse de 30 % en 2 ou 3 ans [1]. De plus, en 2014, le rapport du commissaire enquêteur invitait les autorités à réévaluer, en 2016, la situation globale en tenant compte, notamment, de la mise en place de la TI dans l’Aube, preuve que les plans étudiés préalablement pour déterminer la capacité de l’incinérateur avait « oublié » cet élément déterminant.

« Et celle-ci [la TI] n’est pas mise en place, vous ne pouvez donc pas savoir ! ».

C’est justement tout le travail des élus que d’anticiper cette mise en place et de calibrer la capacité de l’incinérateur en fonction des effets de la TI. Par ailleurs, l’ADEME a publié dès 2014 une étude complète sur les effets de la TI. Le SDEDA sait donc parfaitement et depuis fort longtemps (contrairement à ce qui est dit ci-dessus) quels seront les effets de cette mesure dans notre département. Il y a par ailleurs une contradiction évidente entre le fait de déclarer ne "pas savoir" les effets de la TI juste après avoir affirmé les avoir intégré dans les plans étudiés.

« Je ne suis pas responsable. Le SDEDA n’a pas la compétence « collecte » mais le traitement ».

C’est factuellement vrai mais incomplet. Car la présidente du syndicat oublie de préciser que ce SDEDA, afin justement de permettre une cohérence des politiques de collecte et de traitement, est administré par les élus des collectivités compétentes pour la collecte et la réduction ! Le SDEDA est donc bien responsable, directement du traitement et indirectement, à travers la composition de son CA, de la collecte et donc des politiques de réduction mises en place. Le SDEDA ne peut donc pas ignorer la nécessité de réduire les déchets et les marges de manœuvre considérables qui existent dans notre département. En creux, ces déclarations où l’on renvoie la responsabilité de la situation actuelle aux collectivités ou aux particuliers, résonne comme l’aveu que le SDEDA, dans ce projet, n’a pas pris la mesure des capacités de réduction dans notre département.

Notes

[1source : ADEME, confirmée par les résultats obtenus par le syndicat du territoire de la Forêt d’Orient