Quels effets ont les politiques locales sur le tri des déchets ?

31 lecteurs | (actualisé le ) par Le bureau - Aube Durable

En matière de réduction de déchets, le travail du SDEDA et des collectivités est déterminant. C’est à eux d’impulser les initiatives, de mettre en place les outils, de soutenir les initiatives qui peuvent permettre au grand public de réduire la poubelle grise. Hélas, les chiffres à notre disposition conduisent à considérer que ce travail a été, depuis 2010, totalement laissé à l’abandon.

Le SDEDA vante souvent l’efficacité de ses actions en matière de prévention et de réduction des déchets. A l’appui de cette affirmation, le syndicat évoque dans son dernier rapport d’activité une baisse de 16,20 % des OMR depuis 2010 et de 10,26 % du total des déchets ménagers [1]. Si la baisse de 16,20 % des OMR est incontestable, Il faut, pour apprécier l’influence des décisions locales et leur réelle portée sur la réduction des déchets, analyser plus finement les deux courbes. Disons-le tout de suite, cette influence est epsilonnesque.

Pour comprendre le graphique issu du rapport du SDEDA et ce qui va suivre, il faut d’abord apporter quelques éléments d’explication :
- La courbe rouge fait référence à l’ensemble des déchets ménagers, c’est à dire la poubelle grise mais aussi les déchets triés pour être recyclés (emballages, papiers, verre…)
- La courbe bleue fait référence aux ordures résiduelles, c’est à dire la seule poubelle grise.
- La courbe bleue est donc incluse dans la rouge. Autrement dit, les déchets ménagers (courbe rouge) comprennent les ordures résiduelles (courbes bleue). Ainsi, si les premiers se réduisent, mécaniquement, les seconds diminuent d’au moins autant (si l’effort de tri est constant). Pour être encore plus concrets, si les déchets ménagers se réduisent de 50kg/an et que votre poubelle grise se réduit d’autant, c’est une bonne nouvelle mais qui indique que vous ne triez pas plus qu’avant.

L’évolution des déchets ménagers(courbe rouge) permet d’évaluer les effets de la prévention, avant le tri. C’est donc le reflet à la fois de nos modes de consommation et des modes de production. La baisse constatée de 10,26 % ne doit donc rien (ou très peu) au SDEDA et aux collectivités. Elle est le résultat d’une consommation dématérialisée plus forte (nous achetons moins de CD, plus de musique en ligne), des efforts des industriels pour réduire la matière première nécessaire à leurs produits (les bouteilles de champagne sont aujourd’hui plus légères de 85 grammes), des évolutions législatives (interdiction des sacs plastiques jetables). Seule l’augmentation des apports en déchetterie a pu impacter à la baisse cette quantité de déchets ménagers.

L’évolution des déchets résiduelles (courbe bleue) est, elle, une donnée bien plus intéressante pour juger de l’efficacité des politiques locales en terme d’incitation au tri ou au compost. Mais attention, le graphique proposé par le SDEDA, sans aller jusqu’à dire qu’il manipule la réalité, s’arrange gentiment avec cette dernière. La baisse annoncée de 16,2 % ( nettement supérieure au 10,26 % de l’ensemble des déchets) pourrait ainsi nous faire croire à l’efficacité des actions locales. En vérité, il faut regarder les chiffres bruts. Ce sont ces chiffres qui permettent d’apprécier si les efforts du SDEDA et des collectivités pour inciter les aubois à mieux trier ont, ou non, porté leurs fruits. La réponse, épargnons-nous le suspens, est négative.

Entre 2010 et 2017, le total des déchets ménagers, avant tri (courbe rouge), s’est réduit de 43kg/an/hab, grâce, on l’a dit, aux changements dans nos modes de production et de consommation et grâce à une plus grande fréquentation (pour quelques kg) des déchetteries. Mécaniquement, notre poubelle grise s’est donc allégée de 43kg avant même nous n’ayons pensé à mieux trier.
Dans la même période, la poubelle grise (courbe bleue) s’est allégée de 49kg. Bien évidemment, dans ces 49kg de moins, on retrouve les 43kg économisés en amont. Nous pouvons en conclure une chose très simple : 90% de la baisse des OMR (poubelle grise) s’explique par l’évolution de nos modes de consommation et de production. Seulement 10% de cette baisse est à mettre à l’actif des progrès en terme de tri.

Car c’est bien le différentiel (6kg en 7 ans) qui est ici le juge de paix. C’est lui qui permet d’évaluer les progrès réalisés sur le tri et l’efficacité des programmes mis en place. Et 6kg de moins en 7 ans, c’est peu, très peu. Très concrètement cela signifie qu’aujourd’hui, chaque aubois trie 500gr de déchets de plus par mois qu’en 2010. Il aura donc fallu 7 ans pour réussir à nous faire trier 500gr de plus par mois. Voilà le résultat des actions menées par le SDEDA et les collectivités en terme d’incitation au tri. C’est disons-le franchement la preuve d’un échec absolue. Inutile ici de prendre des gants : l’indigence des programmes du SDEDA et des collectivités pour inciter à mieux trier, l’absence de volonté politique, pire la perspective d’un incinérateur, prétexte confortable à l’inaction, expliquent l’efficacité quasi-nulle des actions menées.

Il n’y a pourtant aucune fatalité. Car nous le savons, dans ce domaine, le volontarisme permet très vite d’obtenir des résultats spectaculaires. L’exemple du SIEDTOM (Territoire du Parc de la Forêt d’Orient) est à cet égard édifiant. En seulement 2 ans, la mise en place de la tarification incitative [2] a permis d’obtenir une baisse d’environ 50kg de moins à comparer au 6kg pour le département obtenu en 7 ans... Il est donc facile de constater que depuis 2010, les efforts nécessaires en terme de réduction n’ont absolument pas été faits et que, de ce fait, la construction d’un incinérateur de 60 000 tonnes s’inscrit dans un contexte où la loi sur la hiérarchie des déchets n’est pas respectée [3].

Notes

[1Les déchets ménagers au total comprennent les OMR et les déchets que vous triez

[2Dans ce cas il s’agit de calculer la taxe sur les ordures ménagères en fonction d’un certain nombre de levée

[3La loi sur la hiérarchie des déchets impose de prioriser les actions avec, en premier lieu, la prévention, la réduction, le tri et, en ultime recours, l’incinération et l’enfouissement. Les données, ici analysées, montrent que les 1er échelons de cette loi n’ont pas été appliqués