Vendredi 21 janvier 2022, dans l’auditorium du palais des Congrès à Troyes se déroulait une table ronde sur le thème évoqué dans le titre : l’alimentation, sa production, ses transformations et sa distribution. L’organisateur était Monsieur Besson Moreau, député aubois, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis ; il est à l’origine de la réintroduction des néonicotinoïdes dans la lutte contre la jaunisse de la betterave. Il avait invité Madame Christiane Lambert, présidente de la FNSEA ; messieurs Emmanuel Besnier, président de Lactalis et Dominique Scheicher directeur de la coopérative de commerçants (ou centrale d’achat) Système U. Cette belle soirée accueillait aussi Julien Denormandie actuel ministre de l’agriculture. Il y avait donc dans la salle des personnalités politiques départementales ainsi qu’un bon nombre d’agriculteurs...

Déjà le titre. Sur internet, on peut trouver bon nombre de magasins en ligne qui revendiquent cette annonce en prônant une distribution directe du producteur au consommateur : sur le site du ministère de l’agriculture, des informations sur les métiers de production ou de transformation ; de nombreuses associations l’utilisent , commerçants, consommateurs, agriculteurs... Est-ce à dire que ce titre est un fourre-tout ou une antienne avant la messe, ? Trop de communication tue la communication. Comme le disait dans la salle une dame qui fait des fromages : « Nous ne sommes ni la fourche, ni la fourchette, nous sommes le « à la » Très réducteur.

Les invités ont pris la parole.

Christiane Lambert FNSEA : Elle a regretté la pression sur les prix qui ne rémunèrent pas suffisamment les paysans, les difficultés liées à la montée des prix des matières premières ; elle a expliqué les augmentations de consommation de pesticides en 2021 : puisqu’ils vont être interdits, les agriculteurs sont obligés de faire des stocks ; elle a affirmé que l’agriculture française était, comparativement aux agricultures européennes, championne en matière d’écologie ; elle a souhaité que les rémunérations des agriculteurs se diversifient, notamment en terme de bilan carbone puisqu’ils en sont les plus gros producteurs. Bref, elle a défendu ses adhérents.

Emmanuel Besnier Lactalis : Il a surtout parlé chiffres, d’affaires 22 milliards, de pourcentages, 98% du lait lactalis est d’origine française, seules les régions frontalières importent ou exportent du lait . Il a souhaité une production qui permette d’exporter davantage en baissant les coûts. Il a regrette l’opposition culturelle de la population à cette industrialisation vachère et a souhaité une rationalisation de cette production ainsi qu’une rationalisation de la transformation des produits. Bref, un abaissement des coûts de production de la nourriture pour rester compétitifs au niveau mondial. Tous pour le camembert Président (production Lactalis) et la ferme des 1000 vaches.

Dominique Scheicher Directeur de Système U : Un ton un peu différent. Il a surtout évoqué les coûts qui incombent à la distribution en termes de transport et de main d’œuvre. Il a prôné une notion de contrats de production/achat pour différents produits, notamment locaux, contrats qui doivent s’organiser sur le long terme au moins quatre ou cinq années. Mais en même temps, il a exprimé la difficulté de rester une centrale d’achat compétitive pour certains biens qui ne peuvent tous être satisfaits localement ou qui doivent trouver des groupements de production.

Julien Denormandie Ministre : Il a évoqué la chaîne de l’alimentation et a fait remarquer que plus la chaîne s’enrichissait de partenaires, plus elle devenait coûteuse... et qu’on devait distinguer la production qui tient compte des coûts et la production « hors coûts », celle qui s’oriente vers une qualité supérieure et qui peut permettre de protéger une partie de l’agriculture française. Il a développé une interrogation pertinente, suite à la visite faite dans l’après midi d’une ferme à Lassicourt où se sont réunis une quinzaine de producteurs sous la bannière « Passion Paysanne  ». Il s’étonnait de constater que des producteurs se soient éloignés de la voie naturelle et ordinaire de la distribution alimentaire : production, transformation distribution. Sans le dire, il a sa politesse, il a suggéré que cette filière ne correspondait plus aux attentes des producteurs. Cette idée fut répétée plusieurs fois dans la « table ronde ».

Après ces présentations, Besson Moreau a donné la paroles à la salle pour quelques questions triées sur le volet

Les questions

C’est plutôt anecdotique, d’abord deux questions des élèves des lycées agricoles aubois : Saint Pouange et Sainte Maure. Juste la vision d’un élève qui lisait sa question sur un papier tenu par une personne plus âgée à ses côtés, un prof ? Question sur la sortie de l’utilisation des pesticides et une réponse alambiquée de madame Lambert sur la notion de nouvelle solution pour le remplacement des produits utilisés, pas d’évocation de la solution biologique, à la FNSEA, le bio n’existe pas, ce n’est même pas un souhait. Monsieur Denormandie a évoqué, sur le problème des néonicotinoïdes, des solutions sur de nouvelles molécules prometteuses dans la lutte contre la jaunisse de la betterave.

Une autre question intéressante sur la position de Lactalis sur le Nutriscore : question directe qui demandait les raisons qui ont poussé l’entreprise à faire du lobbying parlementaire pour réduire les informations contenues dans cet affichage sur les produits. Réponse de monsieur Besnier que nous n’avons pas bien compris, mais qui se plaçait l’international, le Nutriscore étant spécifiquement français. Quelle importance puisque le lait que traite Lactalis est à 98% français !